Un poème de Nataneli…

Nous avons serré la Terre et meurtri sa matière,
mesuré, fragmenté, partagé tout son corps,
troué ses flancs, ses montagnes, profané ses trésors,
comme on retourne un champ pour en vider la pierre.
Nous avons écorché son cœur, son ventre, sa peau,
vidé ses océans, ses mers et ses ruisseaux,
érigé nos règles, nos cris et nos lois de géants,
Pourfendu ses monts, ses courbes et même ses champs,
Nous avons, sous nos lois, imposé tous nos rêves,
dessiné des frontières et construit des barrages,
carnassiers sans courage, on a fait un carnage
et laissé dans son lit des rivières sans trêve.
Avides de richesse, entre deux chasses à l’or,
sous les coups de foreuse, les averses de bombes,
entre les pillages de forêts qui encombrent
et ces autres entailles perverses sur son corps,
On lui murmure « Je t’aime » en baisers coupables
devant son doux visage rapiécé, brisé,
devant sa peau pelée jusqu’à l’os, dépouillée,
nos remords se font excuses raisonnables.
On lui offre des tours, des éoliennes meurtrières,
on l’habille de miroirs buvant quelques rayons,
on recouvre ses glaciers d’un dérisoire coton,
On aligne nos armes, ridicules barrières.
Déjà son large front brûle de nos orages,
elle rêve d’un ailleurs loin de nos déraisons ;
comment a-t-elle pu se livrer à nos saisons,
à ce barbare humain qui la tient en otage ?
Pour cet être narcissique aux conquêtes voraces,
cupide et fluctuant comme un flambeau au vent,
creux, volatile, affamé, triomphal et rugissant,
elle a livré son corps à d’innombrables carcasses.
Mais elle, elle a appris l’art de rendre les coups,
dans le cri des Loups, des ouragans sans trêve,
dans les flots déchaînés, les torrents qu’elle soulève,
là où sombrent nos ports, elle brise notre joug.
Tourné vers nos cités, son courroux nous oppresse.
Dans l’œil de ses tempêtes, une ombre s’illumine,
une braise s’embrase, un rictus y fulmine.
Ce n’est pas un sourire, c’est une sombre promesse.
Puisque l’humanité s’entête en sa démence,
puisqu’elle veut la voir saigner puis s’effondrer,
puisqu’elle paraît décidée à l’assassiner,
la Terre se jure qu’elle aura sa vengeance.
Elle n’a plus de scrupules à briser nos cénacles,
à plonger nos cités dans un long crépuscule,
à refermer sur nous l’indestructible bulle
où s’éteindra l’humain, ce minuscule oracle.
Pourtant, si nous cessions de tourner sur nous-mêmes,
si, pour une fois, nos esprits reniaient leurs conquêtes,
si nos passions déchues se taisaient, imparfaites,
si nos désirs blessés renonçaient à leurs guerres,
si nous cherchions en elle une demeure de frères,
la Terre, même en sang, nous pardonnerait sa peine.
Car la Terre est femme aussi, que l’orgueil assassine ;
nul n’a jamais gagné d’avoir brisé son cœur ;
humiliée, elle attend, puis se relève en fureur,
et sa loi, ce jour-là, dépassera nos crimes.
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Ce poème est publié sur ce blog avec l’autorisation de son Auteure dans le cadre de « Lecturbulences à Nans 2026 : L’Eau Vive…

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