Mes rivières disparues (…)

Mes rivières disparues (…)

Un poème en prose du Dr Virginio ELLENA reçu dans notre Pépinière du Lison pour ce Premier jour du Printemps et de la première Édition de « Lecturbulences à Nans sous Sainte Anne »

Et au fond de moi je continuerai à les entendre chanter au fils des saisons, au fil des années. Les rivières qui étaient, les poissons qui étaient et l’homme qui un jour tout en les traquant les a profondément aimés.

Mêê…le nous un poème…

À mes rivières disparues

Je me souviens de la Loue et de ses sœurs, le Dessoubre, le Lison, le Cusancin,  la Furieuse et tant d’autres, des noms qui résonnent comme des notes claires dans ma mémoire. Des rivières limpides, transparentes où chaque caillou brillait sous le soleil en dissimulant un petit Chavot, un porte-bois et plusieurs larves d’éphémères. L’eau cristalline chantait doucement parfois, tumultueusement d’autres fois en serpentant entre les pierres et les herbes.

Je me souviens des truites argentées, vives et nerveuses qui jaillissaient au bout de ma ligne. Je me souviens des Ombres furtifs glissant dans le courant et venant inspecter de près ma mouche, sans la gober, mouche artificielle que j’avais fabriquée la veille avec un soin méticuleux essayant de reproduire le réel. Quel duel silencieux pour essayer de tromper ce merveilleux poisson et quelle frustration lorsqu’après avoir changé dix fois de modèle de mouche il continuait à me narguer. Mais chaque touche était un frisson une augmentation du rythme cardiaque, chaque combat un dialogue silencieux, des vibrations de la ligne qui se transmettent à la canne puis aux mains puis à tout l’être.

Je me souviens des heures passées debout sur la rive ou dans l’eau avec ma canne fouet à la main et une nouvelle mouche sèche réalisée nuitamment qui devait être infaillible, guettant attentif la moindre vibration, la moindre ondulation et le moindre remous insolite de l’eau. Chaque instant était un équilibre fragile entre patience, observation et émerveillement.

Et puis il y avait les saisons, la lumière qui changeait, la fraicheur des petits matins, la brume nonchalante qui enveloppait doucement les vallées et les brusques éclosions d’éphémères qui obscurcissaient l’horizon et qui déclenchaient un appétit féroce de tous les hôtes de la rivière.

Je me souviens de chaque pierre, de chaque arbre de chaque petit recoin où je savais qu’un poisson aimait se dissimuler.

Ces rivières étaient vivantes, vraiment vivantes et je ne savais pas alors le bonheur inouï, la chance infinie que j’avais de pouvoir fouler leur univers à ma guise.

Aujourd’hui je regarde ces eaux et je pleure. Les pesticides les effluents divers les produits du quotidien, même le Comté, fromage orgueil du pays et que l’on croit innocent, ont tué ce monde merveilleux. Les truites sauvages, les ombres fantasques et la majorité des insectes qui constituait leur nourriture, disparus….. Remplacés par des lâchers artificiels qui ne respirent pas la vie, qui ne racontent aucune histoire et qui sont étrangers dans un monde inconnu.

Ces rivières merveilleuses, que tout le monde halieutique nous enviait, sont devenues silencieuses, presque étrangères, mortes !

J’ai rangé mes cannes à mouche, mon matériel à fabriquer de superbes insectes artificiels et avec elles une partie de moi s’est éteinte car j’ai l’horrible sentiment que c’est irrémédiablement définitif. Mais mes souvenirs restent eux ! Ils sont ma Loue intacte d’autrefois, mon Lison pur, mon Dessoubre scintillant et mon Cusancin avec ses reflets dorés au soleil couchant, ondulant dans la vallée qui petit à petit s’estompait sous un voile diaphane de brume évanescente. Les truites postées, les Ombres filant au fond du courant comme des ombres fugitives sont également restés dans un petit coin de ma mémoire et personne ne pourra les effacer !

Et au fond de moi je continuerai à les entendre chanter au fils des saisons, au fil des années. Les rivières qui étaient, les poissons qui étaient et l’homme qui un jour tout en les traquant les a profondément aimés.

Dr Virginio ELLENA

Si vous voulez lire ce poème en musique ou le dire pour vous-même à voix haute nous vous suggérons…

Musique par Dmitry Taras sur Pixabay

Ce poème est publié sur ce blog dans le cadre de « Lecturbulences à Nans 2026 : L’Eau Vive

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Musique Tic toc suspenso par Slicebeats sur Pixabay
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