En ce mois de Juin en feuilleton pour « Récit’s à Nans… » un conte publié à l’origine par Charles Roussey dans « Contes Populaires recueillis à Bournois » …


II y avait une fois un garçon de Bournois qu’on lui disait Jean qui danse. On lui disait comme çà à cause qu’il ne faisait rien que de danser. II était si gai , que c’était toujours chante , toujours siffle , toujours saute d’avec lui allons, c’était un diable, quoi.
Pas moins, cela n’empêche pas qu’il était bien servissant ma foi, et puis bien charitable. Mais il n’y a personne de parfait, et puis l’ami Jean avait son petit défaut aussi, c’était d’avoir de la rancune pour ceux qui venaient le déranger quand il sautait, quand il virait ou bien quand il sifflait des airs de guingue le long des voies.
Songez voir un peu s’il allait aux fêtes! II n’en manquait pas une.
Voilà que le jour du retour de la fête de l’lsle, ce nigaud de Jean avait si tant viré, si tant sauté toute la journée, qu’il avait oublié de manger; de telle sorte qu’à une heure après minuit, quand on clôtura le bal, il avait une telle lune dans la bedaine, qu’il se serait mouché d’avec la peau de son ventre !
On fermait tout partout, si bien qu’il n’eut rien que le temps d’acheter un gâteau pour manger le long du chemin , et puis de s’en revenir en fuyant par une nuit qu’il y tombait des dents de herse, et puis qu’on ne voyait pas son doigt devant son œil.
Quand il fut au dessous de la Longeole, il s’arrêta pour souffler une minute en mangeant son gâteau que le dessus embaumait.
II allait mordre la première goulée, quand tout pour un coup voilà une pauvre vieille pauvresse toute brisée qui traversa la haie au pied de lui.
— Mon bon monsieur qu’elle lui dit , ayez pitié de moi pour l’amour de Dieu.
Depuis hier au soir j’ai perdu mon chemin, et puis j’ai marché dans les champs labourés; il est si mou que je ne peux plus lever les semelles, et puis je meurs de faim , qu’elle dit en se laissant tomber sur un tas de pierres, je sens que j’y vais rester ici.
— Allons, allons, la femme, que lui dit Jean, il ne faut pas vous laisser aller comme cela; vous avez faim ? tenez, mangez-moi ce morceau de gâteau, c’est une krotot de la fête, cela vous redonnera un peu de coeur, et puis, vous savez, j’ai de bonnes jambes et puis de bons yeux; quand vous aurez soufflé une minute, je vous remènerai jusque chez vous.
La pauvre femme ne demanda pas mieux ; elle se dépêcha de manger une goulée, et puis au bout d’un petit moment elle se mit à marcher en se soutenant d’après Jean.
Quand ils furent au dessus du Jelo, la vieille pauvresse s’arrêta.
— Vous êtes prou loin ce coup-ci , mon garçon , en vous remerciant, je veux prou rentrer toute seule ; Jésus, que vous êtes servisant ! il faut que je vous donne quelque chose pour vos peines. Voilà qu’elle tira de son sac un beau violon tout neuf et puis un gros sachet de poudre.
— Tenez , mon fils , voilà un violon dont le son s’entend à deux lieues a la ronde , et puis qu’on est forcé de danser quand on l’entend ; quand vous le mènerez, tous ceux qui l’entendront seront forcés de danser, ribon marion. D’avec cette poudre-ci , c’est encore bien pis ; en en chargeant votre fusil, tout ceque vous tirerez dessus,vous le voulez blesser comment vous voudrez , ou bien tuer aussi raide que balle.
En voyant tout cela, Jean n’en revenait pas ; il allait remercier la pauvresse, quand tout pour un coup la voilà qui s’élança comme un lièvre à val de Jélo en faisant la kiakabol par dessus les toits.
— Nom de bleu, ce qu’elle a bientôt été ressuscitée , la vieille, que dit Jean en ouvrant les yeux comme des portes de grange, diable emporte qu’elle va toute s’ekol-maei en djiça par dessus les toits; ma foi , tant pis pour elle, elle n’a pas besoin d’avoir les mouches quand il fait nuit, qu’elle aille ou elle voudra.
Toujours est-il que j’ai un beau violon ce coup-ci, c’est une bonne pierre sur ma faux; ce que je vais m’en donner de tourner ce coup-ci! Fut dit fut fait. Sans perdre une minute, le voilà qui se mit a mener son violon tout le long du chemin en s’en revenant; il faisait des sauts de cabri, qu’on aurait dit qu’il avait le diable dans les jambes.
Allons, ma foi, c’est bon, voilà mon Jean qui rentra et puis qui se coucha, mais il n’en ferma pas l’œil de la nuit, le bougre : il ne faisait que de rire dessous son bonnet en se pensant ce qu’il allait faire d’avec son violon.
Suite page 2…
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