Ma foi, tout à la petit pointe du jour, le voilà qui s’en alla sur la Charrière et qui se mit à mener du violon de toutes ses forces.
Tout pour un coup, voilà les gens qui se mirent a débourrer des maisons en sautant et puis à danser au milieu de la voie.
Les femmes qui trayaient avaient fui d’avec leurs seaux pleins de lait, ceux qui dormaient encore sautèrent du lit sans prendre le temps de se vêtir, il y en avait plus de la moitié d’avec leur bonnet de nuit et puis à pieds déchaus.
Les hommes qui arrangeaient les bêtes sautaient d’avec leurs fourches. Enfin les jeunes, les vieux, les borgnes, les boiteux se mirent à sauter en se boulant de rire.
Quand ils furent bien en train, voilà que Claudot, qui venait de corner, passa d’avec la bergerie. Ah bien, ce coup-ci, ce fut bien une autre chibreli. Est-ce que ne voilà pas mes bougres de chèvres et puis de brebis qui se mirent a gambader alentour du bouc, et puis Claudot qui cornait de toutes ses forces au milieu !
Ah mes enfants, ce qu’on rit, ce qu’on rit ! Ce jour-là, depuis quand (bien que), c’était un jour ouvrable, on ne fit que danser.
Mais tous les dimanches l’ami Jean guinguait jusqu’à ce qu’il n’y avait plus grinrof dessous les souliers.
Tous les gens étaient bien aises, hormi que monsieur curé.
Chaque coup que ce pauvre Jean allait se confesser, cela n’en finissait plus ; songez-voir un peu si monsieur monsieur curé lui en disait, lui en disait!
Et puis, ce n’était encore rien que du miel que d’être disputé, c’est que sa pénitence était toujours de ne pas mener du violon deux ou trois dimanches de suite !
C’était bon pour un coup, mais cela ne pouvait pas durer comme ça. A la fin des fins Jean perdit patience. Ah ! c’est comme ça, qu’il se dit, vous ne voulez pas qu’on danse , monsieur curé ? Eh bien ! attendez un de ces jours, vous verrez voir que vous danserez comme les autres , bon gré mal gré.
Cela ne fut pas long.
Le mercredi de la fête de Fallon, après avoir fait virer les festoyeurs trois jours de temps, Jean remontait Soyotte en sifflant, quand tout pour un coup il vit monsieur curé qui suivait une (un) merle qu’il avait déjà tiré dessus deux ou trois fois sans la piquer (atteindre). Ah nom de bleu ! que se dit Jean tout d’un coup en se frot-tant les mains, je crois bien que ce coup-ci monsieur curé va danser d’avec de belles filles. Voyons voir.
— Monsieur curé, que dit Jean, donnez-moi votre fusil, vous êtes sûr que je ne veux pas la manquer, moi.
Monsieur curé, qui tenait à avoir l’oiseau , et puis qui savait que Jean tuait tout ce qu’il voulait, bailla son fusil.
Jean le chargea d’avec la poudre que la pauvresse lui avait baillé. II faut dire que la merle était venue se poser juste sur un poirier sauvage qui était tout plein de ronces et puis d’épines tout alentour. C’est bon, voilà que Jean vise, et puis tout d’un coup , pan ! l’oiseau dégringola à la vallée de l’arbre.
— Vite , vite , monsieur curé, que dit Jean, elle est seulement blessée, fuyez vite la ramasser.
Monsieur curé entra comme il put au milieu du buisson; mais au moment qu’il allait mettre la main dessus la merle , voilà que Jean se mit a mener son violon de toutes ses forces. Ah! Jésus, Maria, mes enfants, il n’est pas possible de s’imaginer ce qui se passa !
Voilà qu’en entendant le violon, monsieur curé se releva tout d’un coup et puis qu’il se mit à danser de toutes ses forces au mitan des ronces et puis des épines. Ah ! mon Dieu, mon Dieu, mes pauvres enfants, si vous aviez entendu ce pauvre monsieur curé, quels braillements il baillait !
A mesure qu’il sautait, ses habits se défrenchuraient , et puis il s’égraffinait tant que le sang lui partissait tout partout.
— Arrêtez , arrêtez , Jean , arrêtez ! que disait ce pauvre monsieur curé.
Mais Jean n’arrêtait pas du tout, bien au contraire, il virait en sautant et puis en se boulant de rire alentour du
biosnie, et puis monsieur puis monsieur curé était force de virer étout.
Enfin, à la fin des fins, Jean s’arrêta. Songez voir un peu si ce pauvre monsieur curé était goné ! Oh il ne put pas rentrer de jour au village.
[…] Suite page 3…


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