Ma foi, c’est bon. Mais voilà que le lendemain le matin , tout à la piquette du jour, les gendarmes vinrent prendre l’ami Jean pour le mener en prison ; ils l’attachèrent derrière la queue de leurs chevaux et puis le violon étout. Ah ! ma foi, ce coup-ci, Jean aurait bien voulu retenir la queue du chat au lieu que la queue des chevaux, mais c’est comme on dit : il n’est plus temps de clore le cul quand on a chié au lit…
Ah ma foi, hein ! le voila qui fut enfermé et puis jugé dans un vire-ta-main.
Ah ! il eut beau se démener, le pauvre diable, les juges ne voulurent entendre ni son ni cloche, ils le condamnèrent à être pendu comme un porc.
Songez-voir un peu si les gens fuyèrent pour le voir pendre !
Quand on l’emmena à Clamar, toutes les affaires étaient déjà apprêtées; en voyant cela, ce pauvre Jean devint aussi blanc que la mort, ce pourtant il ne perdit pas la tête.
II faut dire que quand quelqu’un est condamné à mort, devant que de mourir on lui baille tout ce qu’il veut : des paniers de bonbons, des plats de fricot, du bon vin enfin tout ce qu’il veut.
Jean ne se foutait pas mal de tout ça, il aurait bien mieux aimé une assiettée de gaudes derrière son fourneau ; cela fait que quand on lui demanda ce qu’il voulait, il demanda tout bonnement son violon pour le mener encore une fois devant que de mourir.
En entendant cela , voilà que le curé de Bournois, qui était venu étout, se mit à fuir devant les juges pour qu’on ne lui baille pas, mais il n’y eut rien à faire, on lui bailla tout de même.
— Eh bien, que dit monsieur curé, puisque vous voulez le laisser mener son violon, attachez-moi à un(e) orme devant qu’il commence, vous verrez voir qu’il va arriver des malheurs.
C’est bon, on lia monsieur curé avec des cordes de char que des bœufs ne les auraient pas cassées.
Tout pour un coup voilà Jean qui se mit a mener son violon de toutes ses forces.
Ah ! mes pauvres enfants , si vous aviez vu, quel ramage ! Les gens qui étaient empilés l’un dessus l’autre se mirent à sauter comme si le diable les avait tenus.
Dans le commencement , ils riaient comme des bossus en se sautant par dessus l’un l’autre, mais au bout d’un moment, il y en avait de la moitié qui boulaient par dessous les autres , et puis qui braillaient bien les braillements du cent diable. Ils disaient prou : arrêtez , arrêtez , Jean , vous serez pardonné !
Mais Jean n’écoutait rien du tout, bien au contraire, il ginguait encore plus fort.
Monsieur curé, qu’on ne faisait pas attention depuis qu’il était bien lié, faisait des efforts épouvantables pour danser étout. Tout pour un coup, à la force de se démener, est-ce que ne le voilà pas qui déracina l’orme et puis qui se mit a gambader à travers des autres d’avec l’arbre derrière son dos !
Ah mon Dieu, mon Dieu, mes pauvres enfants, si vous aviez vu ! À tous les sauts il y en avait deux ou trois de broyés ! On disait prou a Jean d’arrêter, qu’on était tous foutus, et puis qu’on le laisserait tranquille, ce bougre-là n’écouta rien. A la fin, il se mit à descendre de dessus les planches en menant toujours son violon, et puis il s’en revint bien tranquillement a Bournois en se boulant de rire.
Depuis ce jour-là, je vous fouts mon billet qu’il a été bien tranquille, personne n’osait plus l’embêter quand il menait du violon, pas même monsieur curé !…
FIN

Début du conte publié le Mercredi 3 Juin 2026 … maintenant que nous avons pu avoir grâce à Sophie une partie de la traduction des mots qui ne l’étaient pas dans le texte original.
Pour les autres, nous les re-transmettons en italique pour l’instant…
Dernière Mise à jour le Mercredi 17 Juin 2026 …
« Jean qui danse » est publié en préalable à :

Sur le Thème :
» L’Art dans tous ses états (peinture et écriture) à travers les œuvres de Robert Fernier (et pourquoi pas d’autres peintres…) «
Bientôt plus d’explications… et le conte mis en voix en Français et peut-être en Patois ici dès que nous aurons trouvé les voix pour le dire…
Et si vous êtes volontaire pour cela, n’hésitez pas à vous faire connaître :



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