-9-
Où va donc cet oiseau qui, par-dessus nos têtes
Précipite son vol d’Orient en Occident ?
Franchissant le vallon, la gigantesque bête,
Se moque du chasseur et du bruit des enfans.
Mais je le vois s’abattre au flanc d’une montagne
Parsemée de sapins, de rochers hérissée.
Acheminant nos pas à travers la campagne
Sous peu nous arrivons au pied de la Tempêtée.
Tout d’abord le renard et l’écureuil paisibles,
Comme aussi le chevreuil au moindre bruit sensible
Du sommet de la côte ont fui devant nos pas,
Car de nous voir chez eux, ils ne s’arrangent pas.
Et l’aigle fugitif ses petits abandonne.
Mais des êtres humains nous n’en trouvons personne
Avançons, suivez moi, gravissons sur la roche,
On peut y parvenir par un étroit sentier.
Une belle forêt vous verrez là tout proche,
Qui renferme en son sein quantité de gibier.
– 10 –

En tournant au midi, enfin nous arrivons,
Au sommet de ce pic appelé le Guillon.
Ce rocher, du vallon, s’élève vers le ciel,
Et semble dominer le pays que je chante.
Son sommet très pointu, au Vésuve pareil,
Offre à tout amateur la vue la plus riante.
Le Guillon dans son sein, d’une superbe grotte,
Nous ménage l’entrée à travers les rochers :
Un énorme buisson semble servir de porte
A cet asile obscur et souvent recherché.
Souvent j’ai pénétré dans cet antre austère,
Où j’aime à contempler le nom chéri d’un frère,
Qui, gravé de sa main sur la voûte en cristal,
Prouve qu’il tient encore à son pays natal.

– 11 –
Côte chaude percée de cent mille crevasses,
Fournit de sûrs abris au renard, au blaireau;
Marchant aveuglement, le traqueur qui les chasse
Quelquefois sous ses pieds peut trouver son tombeau.
L’on y voit entr’ouverts d’horribles précipices,
Où la chauve-souris adroitement se glisse.
Au sommet de la côte se trouve un souterrain
D’une immense grandeur, d’un fon impénétrable,
L’entrée en est pénible et j’en conviens très bien;
Mais l’on y voit aussi des choses admirables :
Entrant dans cette grotte à l’aide de flambaux
Il semble pénétrer dans de vastes tombeaux
Où comme enveloppés d’un funèbre linceul
L’on croit voir des esprits debout près d’un cercueil.
De lugubres échos au lointain sous ces voûtes
D’une sorte d’effroi vous empliront sans doute.
Des milliers d’amateurs d’un temps très reculé
Vinrent graver leurs noms sur ces parois marbrées.
Dans le fond de la grotte après de longs détours,
Un précipice affreux et même inabordable,
Ajoute à la terreur qu’un si sombre séjour
Inspire aux visiteurs de ces lieux remarquables.
– 12 –
J’ai vanté le Lison, sa casquade et sa grotte,
J’ai parlé des beautés de ce site charmant.
Ma muse de nouveau vers ces lieux se reporte
Pour chanter à leur tour les lieux environnans.
Ô bras du Créateur ! Ô Puissance ! Ô Génie !
Qui creusa de ta main ce formidable abîme;
Sinistre Puit-Billard, ta beauté inouïe,
Attire dans ton sein le voyageur sublime.
Ce rocher élevé qui fait ton entourage
Perpétue du soleil un éternel veuvage.
Différens arbrisseaux croissant ainsi dans l’ombre
Suspendus au rocher, rendent ton séjour sombre.
Souvent du chat-huant la triste monodie
Réveille tes échos au milieu de la nuit.
De nombreux quadrupèdes ici passent leur vie
A l’abri de tes murs d’un éternel grannit.
Plusieurs fois dans l’année cet affreux Puit-Billard
Présente à tous l’image d’un cratère.
Vomissant dans les airs un énorme brouillard
Il fait entendre un bruit comparable au tonnerre.
Alors ce bruit provient d’un torrent qui s’y jette,
Après avoir baigné le vallon de Migette.


Laisser un commentaire