
Et la musique vole
Aux sons de ses accords
Bousculant même Éole
Qui vibre sans remord
Machajol
MATTEO le fils de Panka – Tikno Adjam:
Mattéo, le laoutar¹
n’a pas un beau cheval,
ni une belle ceinture,
ni de hautes bottes de cuir,
mais il a dans sa tête,
dans son cœur et dans son âme,
les plus jolis airs
qu’on puisse entendre au monde,
la plus belle musique
qu’il émiette entre ses doigts.
Mattéo, le laoutar
est un violon vivant.
Sa musique c’est son âme
qu’il distribue aux vents,
Mattéo, seul, sait consoler
ceux qui sont dans la peine ;
il fait danser la joie
et pleurer la tristesse ;
il la fait rire aussi
et du coup la tarit.
Son archet ! c’est la clé
qui ouvre la porte
libérant les grelots
des arpèges, des trilles,
ou encore les longs sanglots
d’un de ces lamentos
qui partent de son cœur
à l’instant émouvant
où il souffre…
ou bien rêve sur sa peine.
Son archet touchant les cordes
comme les vents tirent des sons
des roseaux qu’ils caressent,
fait dire à la nature
sa vie la plus secrète.
Mattéo joue parfois
pour un écu, un ducat ;
mais, quand il chante le mieux,
comme un homme qui parle,
comme un oiseau berceur,
comme le vent qui gronde,
comme la vague qui mugit,
comme les anges qui louent
Dieu le Père Tout-Puissant
c’est quand, seul,
loin de tous,
cheveux au vent,
sous le soleil qui l’inspire,
il lance vers les cieux
la prière de son cœur,
son chant de laoutar,
communiant avec la terre
ou communiant en Dieu.
TIKNO ADJAM
( 1875- 1948)
¹ le laoutar est le musicien, le ménestrel tsigane
✍ Source du Poème : « Études Tsiganes »… Cliquer sur la photo ci-dessous :

Les Cloches – Guillaume Apollinaire :
Mon beau tzigane mon amant
Écoute les cloches qui sonnent
Nous nous aimions éperdument
Croyant n’être vus de personne
Mais nous étions bien mal cachés
Toutes les cloches à la ronde
Nous ont vus du haut des clochers
Et le disent à tout le monde
Demain Cyprien et Henri
Marie Ursule et Catherine
La boulangère et son mari
Et puis Gertrude ma cousine
Souriront quand je passerai
Je ne saurai plus où me mettre
Tu seras loin Je pleurerai
J’en mourrai peut-être
Guillaume Apollinaire, Rhénanes, Alcools, 1913
La Tzigane
La tzigane savait d’avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l’Espérance
L’amour lourd comme un ours privé
Dansa debout quand nous voulûmes
Et l’oiseau bleu perdit ses plumes
Et les mendiants leurs Ave
On sait très bien que l’on se damne
Mais l’espoir d’aimer en chemin
Nous fait penser main dans la main
À ce qu’a prédit la tzigane
Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913
Bohémiens en voyage – Charles Baudelaire :
La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s’est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.
Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.
Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson ;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,
Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L’empire familier des ténèbres futures.

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